Mes souhaits pour 2019 : plus de mixité

Genève, le 18 janvier 2019

Pour bien débuter cette nouvelle année, je pose ici mes souhaits à propos d’un sujet qui me tient à cœur : la diversité. Comme nous l’avions évoqué dans une précédente émission d’Aftergeek, le jeu vidéo est un moment de partage qui rassemble tout un panel de joueurs, sans distinction aucune quelle que soit leur différence. Mais quels efforts sont encore à fournir ?

 

Des questions se posent de plus en plus vis à vis des femmes dans le milieu du gaming. Très souvent sur l’image véhiculée dans les jeux qui évolue doucement mais sûrement. On sait moins que près de la moitié des gamers en France sont des femmes selon l’étude du S.E.L.L. de 2017. Mais la mixité dans les métiers du jeu vidéo n’est malheureusement pas représentative du public, faute d’exemples visibles pour la jeune génération. Ce à quoi essaie de remédier l’association Women in Games, dont nous avons rencontré deux membres à la PGW. Elle oeuvre « à travers 4 axes principaux : améliorer la visibilité des femmes de l’industrie, communiquer auprès des jeunes filles sur les métiers du jeu vidéo, faciliter le réseautage et sensibiliser les acteurs du secteur à l’intérêt de la mixité. ». Julie Chalmette et Audrey Leprince, co-fondatrices de l’association, travaillent depuis 20 ans dans ce secteur : l’une est actuellement directrice de Bethesda France et l’autre présidente d’un studio indépendant Game Bakers. De quoi en inspirer plus d’une ! Parmi leurs projets, un incubateur pour joueuses afin d’atteindre un niveau semi pro et rejoindre les compétitions e-sport, qui en comptent seulement 5%. Plus il y aura de diversité dans les comités de direction, dans le processus créatif ou même dans la communication, plus variée sera la proposition des jeux, hors des stéréotypes, et auxquels n’importe qui pourra s’identifier. L’affaire de tout le monde en somme : « plus il y a de mixité (...) plus on va avoir de points de vue, plus on va voir d'idées, plus on va avoir de débat et au final plus on va avoir de jeux différents » nous rappelle mes deux interlocutrices. Je rajouterais que ça vaut pour la couleur de peau, l’orientation sexuelle et tout ce qui est encore injustement considéré hors norme. À savoir qu’un baiser lesbien a suscité de vives réaction à l’E3 2018 …

 

Les jeux dont les héro.ïne.s ayant un handicap se comptent sur les doigts d’une main. On citera Wolfenstein II : The New Colossus ou le plus récent The Quiet Man (cf agenda satirique). Au delà de cette représentation manquante, les gros studios oublient les joueurs handicapés en ne proposant presque aucune solution adaptée. Ainsi, plusieurs associations voient le jour afin de dépasser les contraintes techniques pour pouvoir jouer ou re-jouer à cette activité de divertissement qu'ils apprécient. Notamment grâce au fait qu’ils peuvent affronter ou faire équipe avec n'importe qui (valide ou non) sans différenciation à travers l’écran, en ayant le choix de le divulger ou non.

Les personnes mal ou non-voyantes bénéficient depuis des années d’un outil appelé synthétiseur vocal permettant de s’adapter à tout milieu, utilisé à l'école par exemple, mais rarement intégré aux jeux vidéo. Sauf ceux développés spécifiquement pour les personnes déficientes visuelles (souvent sur fond noir, sans image). Un jeu pour tous, c’est ce qu’à voulu défendre l’association Zizomie avec Dragonium.

Nous avons aussi rencontré Théo de l’association Handigamer qui a adapté avec son papa une manette à son handicap d’abord, puis s’est lancé dans la création de manettes personnalisées sur de demande, en fonction des pathologies spécifiques. Il rêve de pouvoir industrialiser cette fabrication afin de répondre à un plus large public. Il salue l’initiative de Xbox pour son support permettant de brancher divers accessoires mais reproche aux autres grands groupes leur retard à ce niveau.  Son prochain objectif : créer une équipe de handigamers et rentrer dans les compétitions d’E-sport.

« Au delà d'être un marché à prendre, c'est aussi une histoire d'accessibilité et d'autonomie. Il /est/ bien temps que les technologies viennent au service du handicap. » comme l'a si justement dit un de mes interlocuteurs. Nous leur souhaitons beaucoup de réussite ! A l’instar de Sven Van de Wege, alias BlindWarriorSven, en tournoi Streetfighter.  

 

Les  jeux vidéo sont de nature inclusive car la barrière de l'écran ne permet pas de réduire les gens à leur différence. On ne sait pas contre qui on joue, seul le niveau compte ... bon et parfois le matos ! Alors je souhaite qu’en 2019 on prenne au sérieux l’avis d’une femme sur la dernière sortie de Sony, on arrête d’être vexé d’apprendre que le gamer qui nous a battu a un handicap, on arrête d’insulter les mères et les putes, on ne dise plus à son coéquipier qui a raté sa cible de viser comme une tapette, on apprécie échanger avec n’importe qui s’intéressant à l’univers du gaming, on abatte les préjugés et les stéréotypes, on soit fier.ère.s d’incarner un héro transgenre, on arrête de dire d’une femme musclées que ce n’est pas une vraie femme, on soutienne des projets de la diversité, on invite notre petite sœur à approfondir son goût pour l’informatique, on soit plus tolérant les uns envers les autres, tout simplement.

 

                                                      

  - écrit par Nora -