Limite d’âge, notre avis

 

Genève, le 10 août 2018

 

Hier soir, nous avons traité de la limite d’âge dans l’émission d’AfterGeek (podcast lien débat ici). Public fidèle, vous nous avez probablement écoutés … mais dans le doute, voici un résumé de notre avis quant à son utilité et comment en tenir compte.

 

La limite d’âge des jeux vidéo est fixée par la PEGI (Pan European Gaming Information) pour toute l’Europe et vise à protéger le jeune public d’un contenu choquant ou inadapté. Ce chiffre indicateur (pas d’interdiction légale) permet d’aider les parents en se basant sur différents critères : violence graphique mais aussi langage grossier, scènes de sexe, jeux de hasard (argent), drogues/alcool et idéologie. Mais cette limite est-elle représentative du public cible, est-elle trop sévère ou pas assez et la respecte-t-on vraiment ?

 

Il est bien sûr important de préserver l’innocence des enfants (-12), précieuse dans un monde brutal qu’ils découvriront bien assez tôt. En revanche, ça se corse dès la préadolescence, lorsqu’ils commencent à vouloir faire comme les adultes.

Aujourd’hui, les jeunes baignent dans un flux continu d’informations et d’images, via internet et les réseaux sociaux entre autres, retrouvant la violence partout. On peut donc se poser la question si les jeux vidéo ne sont pas diabolisés. Par exemple, les jeux de guerre sont déconseillés aux -18 pour la plupart, or pour les films c’est plutôt -12. Probablement à cause du fait que le gamer n’est plus simple spectateur mais acteur. Malgré les graphismes toujours plus aboutis, les images ne sont pas aussi réalistes qu’au cinéma et le contact de la manette permet de matérialiser cette distance. Faisons un minimum confiance aux jeunes qui font très bien la différence entre réalité et fiction. Certes ils « jouent » à la guerre mais n’auront pas plus envie de la faire en vrai. Cela nécessite peut-être une certaine maturité cependant nous pensons qu’attendre 18 ans pour le comprendre est exagéré.

Les parents désemparés, plus adeptes des jeux d’arcade que des consoles (ça changera avec notre génération) et la démat’* n’aident pas au respect des limites PEGI, déjà déjouées à l’époque. Il suffisait de demander à une connaissance plus âgée de l’acheter en magasin (frères/sœurs, amis ou même quelqu’un dans la file de la caisse). Passé 12 ans, nous supposons qu’une seule limite serait utile, -16. Tout comme pour l’alcool ou les sorties, on sait qu’à partir de 14 il est difficile de les faire patienter. Sauf que les jeux vidéo sont bien moins dangereux** et la négociation devrait être envisageable au sein des foyers !

 

Le plus important selon nous c’est donc l’implication des parents, même si cela demande des efforts. Voici donc quelques conseils en espérant vous rassurer un peu.

Avant toute chose, ne soyez pas trop dans le jugement quant à l’univers du gaming. Ainsi votre enfant sera en confiance pour venir de lui-même chercher conseils ou réconfort. Vous pouvez également utiliser le contrôle parental (ordinateur, console, smartphone) pour limiter d’office certains contenus. S’il souhaite un jeu pour lequel il n’a pas l’âge requis, soyez curieux : demandez-lui pourquoi et cherchez quelques informations. Normalement tout est indiqué sur la pochette (et le dos) qui donne une première idée rarement trompeuse. Même dans Conker’s bad Fur Day (on en parlait dans l’émission) à l’univers cartoon, le public est averti sans ambiguïté de son côté trash totalement revendiqué (grossièretés, alcool, armes). Ne vous arrêtez pas seulement à ce petit chiffre rouge, jugez plutôt par vous-même en cherchant un teaser par exemple. Vous connaissez votre enfant, sa sensibilité et sa maturité (qui diffèrent selon chacun), expliquez-lui alors vos doutes, vos craintes ainsi que les raisons de votre décision.

Il reste toujours le problème hors de la maison. Comme pour le reste, il n’est pas possible de les surveiller 24/7. La confiance est primordiale bien que votre ado transgressera parfois les règles. Ne vous inquiétez pas trop, si un jeu testé chez un ami l’a choqué, il ne continuera pas longtemps même sous l’effet de groupe. D’autant que la tendance est de se retrouver en ligne, chacun chez soi. Le choix est si vaste qu’il préférera se consacrer à son jeu préféré afin de s’améliorer dans son domaine de prédilection.

 

Pour finir, ce serait intéressant que les développeurs créent des versions « light » des jeux les plus populaires, afin qu’ils soient adaptés à un public plus large sans contourner la limite PEGI -16 ou -18. Par exemple en censurant les insultes, en bloquant certains modes de jeu comme le mode Zombie dans COD qui est plus gore, ou en proposant des scènes alternatives au sexe. En monde ouvert, GTA laisse beaucoup de champ libre à la violence gratuite (frapper ou tuer des civils ou commettre des délits sans raison), mais à la base son mode de jeu suit des quêtes auxquelles les jeunes joueurs pourraient être limités. Pour le reste, il faudrait tout simplement arrêter de créer des jeux véhiculant la haine (racisme, sexisme, etc.) ou prônant certaines idéologies (suprémaciste, apologie de drogues, etc.). Ce qui ne concerne pas South Park : l’annale du destin qui joue la provoque dans le but de mettre en avant les absurdités et les inégalités du monde réel … certes pour le comprendre, il faut un peu de recul.

 

  - écrit par Nora -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* : démat’ : achat dématérialisé dans les stores en ligne

 

** avec un minimum de contrôle notamment sur la durée : le danger principal étant l’addiction en termes de temps de jeu plutôt que le manque de dissociation entre fiction et réalité. De plus en plus d’études prouvent que le gaming est moins aliénant qu’il n’y paraît et permettrait même de développer beaucoup de capacités. Attention quand même aux écrans pour les petits en dessous de 6 ans.

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